Arts Visuels

L´Art Brésilien et sa vocation Métisse

Pierre Crapez

Les récents évènements qui se sont déroulés en France, nous invitent á repenser la fonction de l´art dans une societé en mutation, une societé transformée par des processus migratoires constants. Et dans un tel cenario de crise, qu´elle contribution l´Art brésilien, par sa specificité et son potentiel, peut il apporter  pour facilité le dialogue interculturel. Certe, tout le monde sait que le Brésil est le plus grand pays de l´amérique latine, mais qu´est-ce qui nous caractérise em tant que latino-américains dans ce contexte actuel de la globalisation? Et comment faire face á cette diversité explicite des cultures? Au  fond qu´avons nous á partager dans la cadre de ce projet Brésil-France?  Certènement, nous possédons um lien fort qui est celui de nos racines latines. Celles ci cependant présentent ici quelques spécificitées.

'Ver-a-cidade', de Mauricio SEIDL En effet, si le Brésil a  assimilé  avec la colonisation ibérique l´utopie civilisatrice quí prétendait s´opposer au paganisme et à la barbarie et qui depuis l´avénement de la chrétienté constitue l´axe du programme de la latinité, ce Brésil cependant a pu élaborer dans ses stratégies de résistance une version singuliére de cette latinité. Singularité qu'íl partage avec plusieur pays d´Amérique du sud et qui contient des aspects contradictoires, des traits forts d´ambivalence et d´hybridisme. Ce sont des traits différenciés provenant d'un processus de mélange ethnique surgit au cours de sa trajectoire  historique et qui dans le domaine des Arts s´exprime trés souvent dans une poétique du métissage, distante de cette tentation purificatrice de l´europe. De plus, cette latinité commençée au XVI siécle contient aussi en son sein les réminiscences d´un passé antérieur à la découverte des conquérants, un passé recouvert  par l´hístoire officielle euro-centrique, mais qui malgré tout pulse encore dans les veines des indiens, dans les fêtes populaires et leurs rites,  dans un art hybride et  dans la  naturalité du Brésilien, sa maniére d´exister.

'A'Angaba', de Pierre CRAPEZEn proposant en 2005, á l´occasion de l´année du Brésil en Françe, le projet "Territoire en transit"; une exposition d´ artistes brésiliens dans le sud de la Françe,  un des hauts lieux du berceau de la latinité, nous pretendions montrer ainsi une version de cette latinité par l´Art. L´ exposition "Territoire en Transit" aura conduit  au château de Carros durant les mois de juillet, Aout et septembre, une sélection de 16 artistes de Niterói et de Rio de Janeiro qui avaient déja exposé dans la Galerie d´Art de l´université Féderale Fluminensea dont je fus commissaire durant les deux derniéres années. Cette expérience m´avait permis de detecter un réseau de créateurs parmi lesquels j´ai pu extraire les caractéristiques d´une poétique provenant de cette inquiétude des racines.

Dans les oeuvres selectionnées ( voir les photos en anexe), nous irons constater une dialectique de l´ imagination  opérant de façon à joindre d´un côté les acquis de l´avant-garde dans leur dimension universalisante et de l´autre les particularités de la culture populaire au Brésil. Il ne s'agissait cependant pas d´ exposer des oeuvres ayant un caractére exotique mais bien de mettre en évidence cette spécificité de l´imaginaire brésilien quand celui-ci se nourrit d´un sol, de sa mémoire et de la palette d´un paysage grandiose à  nul autre pareil et de ce bricolage ethnique qui assume la multiplicité et la diversité comme destiné.

'Fête Brésilienne', de Deneir SOUZADans ces oeuvres nous irons retrouver les marques de la soumission au catholiscisme et de  l´Afrique Mére avec ses marques de l´esclavage, mais aussi un élan libertaire. Nous y retrouvons aussi le souffle du romantisme devant le rationalisme apporté par la mission française, les manifestations du sacré mêlées aux transbordements sensuels du profane, le culte et la fête, la culture indígéne et sa magie au côté de la foi chrétienne, Dionisis et Apolo, ou encore la figure emblématique de l´Androgyne avec son corps hybride. Au Brésil, les vérités imposées" sont ainsi défaites sous le masque de la parodie et de la carnavalisation. Nous pourrons encore noter la forte présençe de la nature se mélangeant aux signes de la culture massifiée, l´iconographie populaire aux nouvelles technologies informationnelles, et le national à  l´international... Au brésil nous sommes face à une realité kaléidoscopique.

La  poétique de l´Art brésilien est donc d´une autre latinité, une latinité métisse faite d´unions et de confrontations tout au long de l ´Histoire, et à cause de cela flexíble, ce qui dans l´actualité paraît s´adapter à un monde en transition où les frontières se diluent et où les identités transitent. Gruzinski* se prononçant sur la crise actuelle aprés son étude de la  pensée métisse déclare;


 'Cabrochas', de Jorge DUARTE"Un processus fait de bricolages, déviations, mélanges insolites, réutilisation, émerge en un contexte fluide,où la circulation est permanente. Les éléments du passé servent en de nouveaux contextes, délogés de leurs conditions d´ origine. Nous sommes plongés dans um processus d´hybridation à grande échelle".


 L´Art Brésilien veut nous entraîner dans une danse entre le chaos et l´ordre,nous faire participer du flux inventif de la vie de l´ imagination loin des formules simplificatrices de l´esprit de géométrie. Toute cette étrangeté cette cacophonie signique qui la caractérise est en même temps expression et élément constitutif d´une reformulation de nos matriçes espace-temps, de nos catégories ontologiques conventionelles et de tout notre arsenal conceptuel antinomique, re-dimensionnant par ailleurs notre notion d´identité. Cette poétique se retrouve sédimentée dans l´histoire brésilienne depuis l´ Antropofagia en passant  par la Tropicalia et vise um changement paradigmatique dans notre  forme de convivialité à un niveau  international,  une ouverture dans nos modes de voir la vie et de préserver dans la culture son  potentiel d´ intégration et d´ inclusion. Les artistes brésiliens par la vitalité de leur art réaffirment la vocation métisse et la foi du Brésil en une communauté planétaire, dont la dynamique naîtra du respect de la diversité. C´est lá la forçe mithique d´un Art fait ici, celle de promouvoir la confluênce des langages et des étnies.

 

Pierre Crapez

Francais de Nice, naturalisé  brésilien em1991, vit et travaille á NITERÓI. Formé á Luminy, (Marseilles) a travaillé  comme architecte dans des  missions pour l´ONU(PNUB) avec Zanine  dans les années 80. Commence ses études de peinture avec Vicente Alencar, á l´ecole d´Art Visuel du Parque Lage á Rio et  à l´Officine de Sculpture du Musée de Ingá, Niterói. Master en sciences de l´ Art et Professeur à l´Université Fédéral Fluminense depuis 1991, enseigne l´Art á l´ecole d´architecture, production culturelle et cinéma. Expositions individuelles et collectives en France (Paris,1989, Nice1990, Marseille1991, Toulon,1992, Carros 2005) et au  Brésil (Parque Lage, 1994; Museu do Ingá, 1995; Centro Cultural Paschoal Carlos Magno, Niterói, 1996; Museu Nacional de Belas Artes do Rio, 1999; Galeria de Arte UFF, 2000; Museu de Arte Contemporânea - MAC, Niterói, 2002). Co- fondateur du groupe Duna, d´ Art Ambiental avec João Wesley dans les années 90. Depuis 2002 exerce des travaux comme commissaire d´exposition,  Niterói Arte Hoje, Musée d´Art Contemporain-Niterói, et Galerie  d´ Art UFF, 2003 et 2004. Est idéalisateur, producteur et commissaire de l´exposition territoire en transit sur l´art Brésilien au CIAC (Centre Internacional d´Art de Carros, 2005) pour l´année du Brésil en France.